C’est dans cette grange aménagée en atelier, en haut du boulevard Voltaire à Chamalières, que Valérie Brunel passe la
majeure partie de son temps. La lumière du soleil illumine une véritable galerie de tableaux aux formats et techniques variés
dont la diversité apparente repose sur une idée majeure : la dynamique originelle du geste graphique. « L’écriture est un
instinct de survie, elle fait évoluer le monde. Aussi importante que l’invention du feu, c’est le squelette de l’humanité. » C’est
dans une émotion partagée que l’artiste se plaît à incarner l’homme qui, pour la première fois, racla la roche avec sa lame et y
posa quelques pigments : laisser une trace originelle, preuve indubitable de son existence et de son passage sur terre.
« J’écris donc je suis. L’histoire de l’Écriture, c’est l’histoire de l’homme à travers les écritures. Le geste en est alors sacralisé ».
L’artiste en explore depuis 30 ans les chemins et sinuosités sans cesse renouvelés. Les empâtements, les superpositions de
couleurs, de textures, donnent naissance à la matière qu’elle affectionne particulièrement.
« L’écriture, c’est de la musique. » Ces algorithmes passionnés caressent quelquefois la surface, d’autres fois la rongent,
laissant dégouliner « les méandres du temps qui passe ». Ces plaques sont de véritables ex‐voto. Ce sont des odes, des
épopées lyriques, fruit d’un long travail de patience qui magnifie le geste. « Le cheminement du peintre est long. Mon geste
reproduit un signal qui ne s’arrête jamais. L’écriture, c’est de la musique, c’est le bruit de la trace, c’est le mouvement
symphonique du geste, c’est l’odeur de la térébenthine et de l’huile de lin, le frottement de la brosse sur la toile. Cela implique
tout le corps et tous les sens ». Le huis‐clos entre l’artiste et son support est alors terminé. Le rideau métallique de la grange
descend doucement. Dans quelques heures, ses oeuvres ne lui appartiendront plus. Le tableau ne vivra que par celui qui le
regarde. Les visiteurs, un par un, se laisseront aller dans des confessions intimes si chères à l’artiste, lui renvoyant des
émotions allant au‐delà de ses espérances.
Servanne Havette